« Any where out of the world »

 

         

          « Je voyageais. Le paysage au milieu duquel j’étais placé était d’une grandeur et d’une noblesse irrésistibles (…) Sur le petit lac immobile, noir de son immense profondeur, passait quelquefois l’ombre d’un nuage, comme le reflet du manteau d’un géant aérien volant à travers le ciel. Et je me souviens que cette sensation solennelle et rare, causée par un grand mouvement parfaitement silencieux, me remplissait d’une joie mêlée de peur ».

 

          « Marcher, arpenter, n’avoir de cesse de regarder, d’observer. Se laisser envahir, se faire happer pour s’approprier les lieux et ainsi saisir la simple présence de ce qui est. » 

         

          Les « promenades » de Pierre-Alexandre Lavielle appartiennent à une famille précise de l’histoire de la photographie : celle de l’exigence. L’artiste quitte la surface de l’image, celle qui dit ou raconte pour s’engouffrer au cœur même du paysage, à l’intérieur de chaque pierre, chaque élément, chaque fibre de l’image.
L’univers de Pierre-Alexandre Lavielle est esthétique. L’artiste possède cette ferme et farouche conviction du Beau. Pourtant, le photographe se refuse à s’abandonner au registre de l’absolue contemplation. Pour éviter ou plutôt bouleverser cet écueil, pouvoir enfin le transcender, il opère, subtilement, quelques légers croisements. Quelques « visions », comme subliminales, surgissent ça et là, ajoutant quelques bribes de récits. Ces images, d’une toute autre nature, parfois même, d’anciennes photographies de la fin du XIXe siècle, s’immiscent dans l’exigeant parcours perceptif imposé par l’artiste. Elles ajoutent à la grande culture paysagère et aux multiples références minimales et conceptuelles, la volonté d’inscrire également ce travail dans une histoire globale des pratiques photographiques.
          Partager cette totalité, c’est entrer dans ces images, « s’enfoncer, s’enfermer, se laisser emprisonner pour révéler et tracer de nouveaux « continents de temps ». Les espaces et les récits dévoilés par Pierre-Alexandre Lavielle, il faut les faire vivre, y vivre, pouvoir enfin y demeurer ». « Cela correspond à cette révélation que nous éprouvons quand nous restons capables d’habiter au moment même de sentir. » 

 

Alexandre  Rolla 

Charles Baudelaire, « Le spleen de Paris », Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1961, p. 303.
Charles Baudelaire, « Le gâteau », « Le spleen de Paris », Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1961, p. 249/250.

Anywhere out of the world

 


       “I was wandering .The landscape in which I was set , was of a compelling greatness and respectability. On the small and still lake, deep and dark , the shadow of a cloud sometimes went by across the sky, like the gleam of the coat of a huge flying giant. And I remember  that solemn and scarse feeling , due to a large and perfectly silent movement, that filled me with joy mixed with fear.

 

       "Walking , pacing up and down, never having a rest to look and watch, to let oneself invade , to let oneself swallow, to own places and thus only feel what is really present.”


       The “walks” from Pierre-A Lavielle belong to a specific type in the history of photography, the one of demand.  The artist leaves the surface of the picture, the one that speaks or tells a story, to rush deep into the heart of the landscape, deep into each stone, each element, each fiber of the picture.
 Pierre Lavielle’s universe is aesthetic, the artist owns that firm and fierce conviction of beauty. And yet, the photographer refuses to give in to the field of complete meditation.He subtly proceeds to some slight blendings , some “ visions” like subliminal ones, suddenly appearing here and there, adding some narrative pieces. He avoids or more exactly overturns the pitfall of meditation, and is finally able to transcend it .These pictures, of different nature, could even  be old photographs of the late  19 th century, and they sometimes interfere with the demanding perceptive route imposed by the artist.They add something to the large landscape -culture and the multiple minimal and abstract references , i.e. the wish to register that work in a global history of photography- practice.

       Sharing that cohesion, is to get into his pictures, to sink, to retreat, to become trapped, to reveal and draw new “ Time - continents”. The spaces and stories revealed by Pierre-A Lavielle: you must make them live, you must live in them, and finally remain with them.
“That corresponds to that revelation we feel, when we remain capable of living at the very same moment as we feel.”